Tin Ngoại Ngữ

Chine: Noël en Chine, une fête populaire mais politiquement incorrecte ?

Cette année ne fera pas exception : dans les grandes villes du pays, les magasins et les artères commerçantes seront pavoisés aux couleurs de Noël. Effigies du Père Noël, sapins de Noël et Christmas carols satureront l’espace. Démarche purement commerciale, diront les uns, attrait culturel pour une certaine modernité associée à l’Occident, diront les autres. Au sein des instances intellectuelles proches du pouvoir, cet attrait pour la fête de Noël est vu avec circonspection, voire une franche hostilité. Elle serait en effet contraire à l’esprit patriotique prôné par les dirigeants du pays. En mai dernier, l’Académie chinoise des sciences sociales publiait un Livre bleu détaillant les « défis les plus sérieux » se posant au pays. Quatre d’entre eux étaient listés, à savoir l’exportation par les nations occidentales des idéaux démocratiques, l’hégémonie culturelle occidentale, la dissémination de l’information via Internet et les infiltrations religieuses.

Dans l’article ci-dessous, on lira l’analyse que fait un groupe de dix doctorants de ce qu’ils dénoncent comme étant « la frénésie de Noël », et leur appel aux Chinois à prendre leur distance avec celle-ci. Selon eux, l’engouement pour Noël en Chine manifeste une perte de la primauté de « l’âme culturelle chinoise » et un naufrage de la subjectivité culturelle chinoise ; ils invitent leurs compatriotes à la plus grande vigilance face à ce qu’ils perçoivent comme « une nouvelle avancée de la ‘christianisation’ » de leur pays.

Intitulé « Notre point de vue sur la question de la ‘Fête de Noël’ », ce texte est paru en chinois sur le site Confucius 2000. Daté du 18 décembre 2006, il a été traduit en français par Sabine de Villoutreys et François Hominal pour Le Coin des penseurs (n° 36, décembre 2014), riche initiative de l’Institut Ricci de Paris pour amener à la connaissance du public francophone « quelques-unes des questions d’ordre culturel ou philosophique actuellement débattues en Chine ».

Notre point de vue sur la « Fête de Noël » :
Sortir de l’inconscient collectif culturel
Défendre fermement la subjectivité culturelle chinoise

La « frénésie de Noël » est la manifestation d’un inconscient collectif culturel (1)

« De brise légère et pluie fine », la culture occidentale (2) en Chine est devenue « vent violent et véritable déluge » ; le nec plus ultra de sa manifestation la plus directe et massive en est l’engouement d’abord subtil, puis de plus en plus grand de la « Fête de Noël ». Nous – dix chercheurs doctorants venant de différentes écoles supérieures et instituts de recherche de Chine (3) – voulons ici appeler solennellement nos compatriotes à réfléchir sérieusement à la « fête de Noël », à se libérer d’un inconscient collectif culturel et défendre la subjectivité culturelle chinoise (4).

A chaque approche de la « fête de Noël », les magasins, les restaurants, les hôtels dressent un « arbre de Noël », accrochent des banderoles « Bon Noël », leurs employés portent des « bonnets rouges », les enfants des écoles maternelles font la ronde et chantent devant les « arbres de Noël », espérant recevoir de leur maître un « cadeau de Noël » ; dans les écoles, des affiches bariolées de couleurs vives « Bal de Noël », « Fête de Noël » occupent les emplacements les plus en vue ; les réseaux sociaux, les journaux, la télévision, la radio débordent de toutes sortes de « messages de Noël » ; des dizaines de milliers de « cartes de Noël » et des centaines de millions de « SMS de Noël » virevoltent dans le ciel ; on ponctue les rencontres de « Joyeux Noël » ; la « nuit de paix », les gens se retrouvent pour se promener dans les rues et s’attardent en flâneries.

Nous soutenons la tolérance religieuse et respectons la liberté de croyance, nous n’avons pas l’intention d’exclure le « christianisme » (5). Nous éprouvons envers la question du christianisme en Chine une sympathie compréhensive : de très importantes populations marginalisées ou ayant peu de poids ont besoin d’un soutien moral pour recouvrer l’espérance d’une vie meilleure, tandis qu’une certaine élite sociale cherche à se servir du protestantisme pour « se donner de l’importance » ; la crise de confiance en la Chine, la perte de tout modèle éthique, la dégringolade de la moralité, le manque de sincérité, un niveau de culture insuffisant poussent les Chinois à rechercher un havre de paix pour leur corps et leur âme ; la perturbation mentale provoquée par une modernité qui « désenchante » à laquelle s’ajoute l’absence totale de valeurs ont également incité les gens à redécouvrir le sens d’une vie religieuse ; et par ailleurs, la Fête de Noël est orchestrée et utilisée par les fabricants et les commerçants comme un évènement commercial majeur pour les bénéfices.

Ainsi de multiples raisons font que le « protestantisme » est devenu un choix possible pour une partie de nos compatriotes, et la « Fête de Noël » est devenue un évènement culturel auxquels les Chinois ne peuvent échapper. C’est un fait, et nous n’avons pas l’intention d’accuser le « protestantisme » ni de blâmer les protestants chinois de célébrer la « Fête de Noël ». Au contraire, profitant de l’occasion de cette prochaine « Fête de Noël », nous voulons souhaiter à ces protestants sincères et patriotes de passer joyeusement cette fête qui est la leur.

Mais, nous avons noté que la plupart des Chinois, alors même qu’ils ne croient pas au « protestantisme », voire n’en ont aucune connaissance, utilisent sans même réfléchir des appellations qui n’ont de sens sacré que pour les fidèles chrétiens comme la « religion du Christ » (protestantisme) (6), le « saint Classique » (la Bible), la « Fête de la sainte Nativité » (fête de Noël), et sans même s’en rendre compte se joignent à la « frénésie de Noël ». Le plus déplorable est que dans les écoles maternelles, les écoles primaires et secondaires, les enseignants partagent avec les enfants la « fête de la sainte Nativité », dressent des « sapins de la naissance de Jésus », distribuent des « cadeaux de la naissance de Jésus », confectionnent des « cartes de vœux de la naissance de Jésus », et ainsi imperceptiblement ils sèment dans l’âme d’enfants dénuée de capacité de discernement entre différentes cultures et de choix religieux les graines d’une culture importée de l’extérieur et d’une religion allogène.

Nous pensons qu’il s’agit d’une sorte d’inconscient collectif culturel des Chinois, c’est-à-dire que, sans acquiescement à ses valeurs et sans appartenance religieuse à la « religion de Jésus », on glisse sur la pente de la « religion de Jésus », on se laisse porter par le courant de « la naissance de Jésus », et sans le vouloir on contribue à la propagation du « protestantisme » en Chine, on facilite sa pénétration, et son déferlement tempétueux sur la Chine, créant un environnement culturel à la « christianisation » de la Chine, accomplissant ainsi ce que les « missionnaires » avaient cherché à faire sans y parvenir.

La propagation du christianisme n’est pas seulement un problème culturel et de religion

La raison fondamentale pour laquelle les Chinois ont, du point de vue culturel, sombré dans cet inconscient collectif, réside dans le fait que la culture chinoise a perdu sa primauté et que sa subjectivité a sombré. Il faut dire également qu’après plus de cent ans durant lesquels les Chinois ont subverti le cours de leur propre histoire, violemment critiqué leur propre culture et dénoncé leurs propres traditions ; la culture chinoise, et particulièrement le confucianisme, se révèle avoir institutionnellement disparu et avoir totalement sombré, avec pour conséquence que la Chine n’a plus de valeurs fortes auxquelles croire, ni de forme propre de culture. Ce qui a abouti au désert et à la confusion de la culture chinoise contemporaine, ouvrant ainsi une voie facile au « souffle puissant du vent d’ouest » (7) et à « la folle danse de toutes les divinités ».

Autrement dit, le déferlement du christianisme en Chine n’est pas dû à ce qu’il aurait en lui-même une force incomparable, ni au fait que la tradition culturelle historique de la Chine ne puisse pas apporter à nos concitoyens un soutien spirituel efficace dans leur vie, leur survie, leur existence ; mais la cause en est la perte de la primauté de la culture et le naufrage de la subjectivité culturelle chinoise ; autrement dit, il manque à la Chine une culture et une croyance qui la rende à la fois confiante en elle-même et autonome, qui soit à la fois cohérente et de caractère national. Nous n’avons pas l’intention de réprimander nos compatriotes chinois pour leur inconscience culturelle collective mais nous les exhortons à s’en libérer, pour défendre la primauté de la culture chinoise, reconstruire un monde et une existence qui aient du sens pour les Chinois.

L’histoire et la réalité nous montrent aussi que la pénétration et la propagation du christianisme en Chine ne sont pas simplement un problème de culture et de religion, mais aussi une « puissance douce » (8) exercée par des pays occidentaux qui s’infiltrent et se répandent en Chine. Cela a amené, au sein même des pays occidentaux, certains pays européens à soulever la question du boycott d’un « Noël à l’américaine » et à lancer un appel pour que « Noël » soit célébré selon la vraie tradition européenne.

Nous pensons qu’il est nécessaire, du point de vue de la sécurité tant nationale que culturelle, de réfléchir profondément au problème du christianisme en Chine, d’affirmer, par l’édification en Chine d’une « souveraineté douce », d’une « puissance douce », d’une « frontière douce », la primordialité de la culture chinoise et d’inciter activement les Chinois à sortir de l’inconscient collectif culturel, à rester vigilant et en alerte face à une nouvelle avancée de la « christianisation ».

Affirmer la subjectivité culturelle chinoise

Comment aborder sérieusement la « fête de Noël » ? Comment sortir de l’inconscient collectif culturel ? Comment réaffirmer la subjectivité culturelle chinoise ? Nous nous permettons modestement de lister ces quelques exhortations et suggestions :

- Premièrement, que ceux qui n’adhèrent pas au « protestantisme » suivent l’exemple des années 1920-1930 et la méthode appliquée dans les territoires que sont maintenant Hongkong et Taiwan, à savoir de remplacer les termes tels que « Christ », « protestantisme », « Saintes Ecritures », « fête de la Sainte Nativité », « arbre de la Sainte Nativité », etc. qui n’ont un sens sacré que pour les protestants par des mots sans valeur affective ni connotation d’adoration religieuse comme : « Jésus », « religion de Jésus », « classique de Jésus », « arbre de la religion de Jésus », etc. ; ne fêter sous aucune forme – intentionnellement ou non – la « fête de la Sainte Nativité », ne pas envoyer de SMS, courrier, carte de vœux ou cadeau en rapport avec la « fête de la Sainte Nativité » ; ne pas organiser de fêtes, de bals en lien avec la « fête de la Sainte Nativité », ne pas aller dans une « église chrétienne » prier ou assister à une cérémonie, etc.

- Deuxièmement, les autorités concernées doivent, dans le respect de la liberté de religion et de croyance, et dans le cadre autorisé par la loi, réexaminer et normaliser de façon raisonnable la « frénésie de Noël » qui se répand de plus en plus de nos jours dans les activités et secteurs tels que les centres commerciaux, les restaurants et hôtels, les réseaux sociaux, les journaux, la télévision, les radios, les écoles, etc. Et plus particulièrement, nous pensons que lorsque des étudiants d’université, des élèves des écoles primaires et secondaires et des enfants d’école maternelle se réunissent, sans même réfléchir, juste pour suivre une mode, afin de passer ensemble la « fête de Noël », et que même des professeurs organisent une telle fête pour les enfants, cela va déjà à l’encontre du principe constitutionnel selon lequel la religion ne doit pas « porter atteinte au système éducatif national » et va à l’encontre du principe de la loi sur l’éducation selon lequel il doit y avoir séparation entre éducation et religion. Il est donc urgent que les autorités concernées y apportent la plus grande considération et la plus rigoureuse réglementation.

- Troisièmement, quant aux industriels et commerçants pour qui la mode de la « fête de Noël » a créé tout un effet de raz-de-marée, il faut exploiter à fond les énormes opportunités d’affaires que peuvent leur procurer les nombreuses fêtes traditionnelles chinoises, développer l’ambiance culturelle de ces cérémonies, renouveler de façon rationnelle les formes de célébrations des fêtes traditionnelles. En même temps, ce n’est pas parce qu’en Occident il y a la « fête de Noël » qu’il faudrait la contrebalancer en célébrant dans toute la Chine une grande « fête de la Nativité de Confucius ». Mais on peut envisager de faire de la naissance de Confucius la fête des enseignants chinois, et faire en sorte qu’elle ait à la fois l’atmosphère d’une fête sacrée, solennelle et imposante, et la forme d’une célébration plaisante pour tous ; cela pourrait peut-être devenir dans les écoles une démarche importante permettant de dissiper chez les jeunes l’influence de la « fête de Noël ».

- Quatrièmement, revenir sur les aspects traditionnellement méconnus de la question religieuse, comprendre sous son angle positif la valeur et la fonction de la religion, reconnaître la recherche chez les gens d’une préoccupation ultime, d’une transcendance, ainsi que la quête d’une vie de groupe, d’une vie religieuse, d’une vie spirituelle, d’une vie culturelle. Il faut respecter les croyances religieuses des fidèles chinois de religions occidentales comme par exemple les chrétiens ; et plus encore faut-il mettre raisonnablement en valeur le rôle des religions autochtones chinoises comme le bouddhisme et le taoïsme, et en particulier développer pleinement le rôle social et religieux du confucianisme qui a joué un rôle central dans la tradition historique et culturelle chinoise, et apporter la plus grande considération à l’appel et aux efforts de la société civile visant à restaurer le confucianisme, et donner une nouvelle impulsion à ce renouveau.

- Cinquièmement, briser le préjugé culturel selon lequel « le passé ne compte pas, seul compte le présent » et que « ce qui est chinois est mauvais, ce qui est occidental est remarquable » ; changer la mentalité selon laquelle, en matière de culture, « le présent rend le passé caduque » et « l’Occident est remarquable et admirable » ; lutter contre le culte de l’étranger; adopter envers la culture chinoise un point de vue de « compréhension et sympathie », « bienveillance et respect » ; revenir à la tradition, rester courtois ; renouveler, développer, recouvrer la grandeur et le rayonnement de la culture chinoise, affirmer la fierté des Chinois et leur confiance en la culture chinoise ; rebâtir un système de croyances et un monde qui ait un sens pour les Chinois. Ce sera une entreprise culturelle globale, de longue haleine, rude et qui nécessitera les efforts de toute la société et la participation de personnes de tous horizons et de tous bords. Tous les Chinois qui ont de l’audace et de la volonté doivent spontanément assumer cette mission culturelle sacrée.

Quoiqu’il en soit, le nœud du problème réside dans la question de savoir si les Chinois peuvent se réveiller, s’ils vont percevoir cet inconscient culturel collectif, et s’ils vont trouver en eux-mêmes la volonté d’en sortir ainsi que la détermination, le courage, le sens des responsabilités et de la mission de réaffirmer la subjectivité culturelle chinoise ; nous estimons que nous devons, nous Chinois, porter tous nos efforts dans cette direction ! Allons de l’avant !

Enfin, il nous faut enfin préciser que ceci ne reflète que le point de vue personnel des signataires et ne représente pas le point de vue de leurs universités respectives.

(1) Les guillemets tout au long de la traduction reflètent la ponctuation du texte original.
(2) Le terme traduit ici par « Occident » évoque l’époque de la fin XIXe- début du XXe siècle.
(3) Liste des signataires de ce texte :
LIU Cong Université de Nankin / LIU Bingxue Université des Sciences Politiques et Juridiques de Chine / ZHANG Lianwen Université Qinghua / YANG Ming Université du Peuple de Chine / CHEN Qiaojian Université de Wuhan /HOU Fengli Université de Pékin / MENG Xin Académie des Sciences de Chine / MENG Zhiguo Université Nankai / FAN Bihong Université Sun Yat-sen / ZHAO Ruiqi Université Normale de Pékin
签名(依姓氏笔画排序)刘聪 南京大学 / 刘冰雪 中国政法大学 / 张连文 清华大学 / 杨名 中国人民大学 / 陈乔 见 武汉大学 / 周锋利 北京大学 / 孟欣 中国科学院 / 孟志国 南开大学 / 范碧鸿 中山大学 / 赵瑞奇 北京师范大学
(4) Remplacer « subjectivité culturelle chinoise » par « âme de la culture chinoise » n’altèrerait pas le sens, mais le style.
(5) Le mot « christianisme » traduit ici un terme qui signifie caractère par caractère « religion de Jésus », un terme moins employé qu’autrefois au profit d’un terme dont le mot à mot est « religion du Christ » et signifie « protestantisme ». Le mot « catholicisme » est rendu par « religion du Seigneur du Ciel ».
(6) Dans les quelques paragraphes où les auteurs mettent l’accent sur le caractère sacré pour les croyants d’expressions communément utilisées dans la langue courante, nous traduisons ces termes mot à mot.
(7) Référence évidente à une phrase de Mao Zedong, affirmant à son époque que « le vent d’est l’emporte sur le vent d’ouest. »
(8) Nous traduisons ainsi ici l’équivalent cEglises d'Asiehinois de « soft power ».


(Source: Eglises d'Asie, le 10 décembre 2014)



 

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